Veille de l'emploi
RAPPORT
41 min

Bilan 2025 de lemploi au Québec

Un nouveau rapport de force

Rapport
Communiqué de presse
19 février 2026

En bref

Tarifs américains : plus de peur que de mal pour l’emploi

  • Depuis 2023, le ralentissement économique et l'immigration accrue ont intensifié la compétition pour l'emploi, inversant le rapport de force qui favorisait les employés après la pandémie. La guerre tarifaire a maintenu ce rapport de force, quoique moins sévèrement qu'anticipé : le secteur manufacturier québécois, plus susceptible d’exporter aux États-Unis, a maintenu un niveau d'emploi stable (+0,4% entre décembre 2024 et 2025).

  • Ceci s’explique en partie par le fait que les tarifs ont été plus faibles qu'anticipé, que certains exportateurs ont réussi à trouver de nouveaux débouchés, mais aussi parce que les employeurs restent réticents à licencier une main-d'œuvre alors que des pénuries persistent dans certaines régions : seulement 0,1 % des manufacturiers québécois prévoient des licenciements en réponse aux tarifs américains en 2026.

  • En revanche, les industries fortement dépendantes du marché américain – ce qui inclut certains manufacturiers mais aussi la foresterie et l'industrie du film – s'avèrent plus vulnérables, avec une baisse de 5,1 % de l'emploi entre 2024 et 2025.

  • Cependant, si d'autres tarifs sont imposés, des entreprises jusqu'ici peu touchées pourraient se retrouver en difficulté, réduisant les opportunités d'emploi et fragilisant la situation des travailleurs.

Moins de chômeurs, mais aussi moins de création d’emplois

  • Entre décembre 2024 et 2025, l'économie québécoise a créé 41 100 emplois, soit moins qu'auparavant, tandis que la population active n'augmentait que de 30 600 personnes. Ce ralentissement, plus prononcé pour l'offre de travail que pour la demande, a permis de réduire le chômage de 10 500 personnes.

  • Sans véritable rebond économique qui aurait donné l'avantage aux travailleurs, cet alignement entre croissance démographique et économique a permis de stabiliser le taux de chômage général et celui des jeunes, tout en réduisant celui des immigrants permanents et temporaires.

  • Toutefois, ces chiffres ne reflètent pas une véritable vigueur économique : c'est principalement le secteur public qui a embauché (+3,1%), surtout dans l'enseignement, tandis que le secteur privé stagnait (-0,2%). À l'échelle canadienne, le secteur privé s'est montré plus dynamique (+1,4%).

  • Entre 2026 et 2029, la population en âge de travailler diminuera pour la première fois depuis plus d’un siècle, conséquence du vieillissement démographique, mais surtout de la baisse des seuils d’immigration permanente et du nombre de résidents non permanents. Ce recul pourrait faire basculer le rapport de force en faveur des travailleurs grâce à la raréfaction des candidats.

  • Dans ce contexte démographique, même une création d'emplois modeste suffira à maintenir un taux d'emploi stable, sans nécessairement refléter une économie vigoureuse.

L’IA n’a pas (encore) remplacé les travailleurs

  • L'IA suscite des craintes de remplacement des travailleurs et d'affaiblissement de leur rapport de force face aux employeurs, particulièrement chez les jeunes. Dans le secteur des TI, l'emploi des 15-29 ans a chuté de 10 500 postes depuis l’arrivée de ChatGPT en novembre 2022, alors qu'il augmentait chez leurs aînés. Cependant, comme cette baisse coïncide avec d'autres phénomènes – normalisation des effectifs post-pandémie et fin des crédits d'impôt – il est difficile d'établir une relation de cause à effet directe avec l'IA.

  • Le risque de remplacement par l'IA diffère fortement selon les secteurs. Les enquêtes sur les intentions des entreprises révèlent plusieurs cas de figure : les secteurs de l'information et de la culture (télécommunications, édition, cinéma) montrent une forte volonté d'adopter l'IA et d'automatiser les tâches humaines. À l'inverse, les services professionnels (gestion, comptabilité, architecture) manifestent un vif intérêt pour l'IA mais peu d'intention d’automatiser des tâches.

  • D'autres domaines comme l'hébergement, la restauration ou la construction ne témoignent d'un intérêt significatif ni pour l'IA ni pour l'automatisation. Ces secteurs, qui emploient près d'un travailleur québécois sur deux, semblent pour l'instant largement préservés de cette transformation.

  • D'ailleurs, 73% des entreprises affirment que l'IA n'a pas encore substantiellement réduit les tâches auparavant effectuées par les employés et n'a pas eu d'impact négatif sur l'emploi.

Pouvoir et frictions

  • Alors qu'au sortir de la pandémie on comptait moins d'un chômeur par poste vacant, en 2025, on en comptait 2,2, plaçant le marché de l'emploi à l’avantage des employeurs qui disposent désormais d'un plus grand nombre de candidats pour pourvoir leurs postes. Néanmoins, les divergences régionales sont importantes, avec nettement plus de candidats disponibles dans les grands centres urbains que dans les régions du Québec.

  • Malgré ce renforcement du pouvoir des employeurs, les salaires ont progressé plus vite que l'inflation, indiquant que les employés conservent néanmoins un certain pouvoir de négociation.

  • Les salaires ont progressé plus rapidement dans le secteur public (7,5%) que dans le privé (3,6%) entre décembre 2024 et 2025, reflétant un effet de rattrapage. Après avoir augmenté moins vite que l'inflation jusqu'à la fin de 2024, les salaires dans le secteur public ont connu une hausse soudaine en 2025 avec l'entrée en vigueur de nouvelles conventions collectives.

  • Ces ajustements ont généré d'importantes tensions sociales (1,3 million de jours-personnes perdus en arrêts de travail en 2025), principalement dans le secteur public (67 %).

  • Ces conflits résultent d'attentes contradictoires : d'un côté, des employés réclamant des compensations pour l'inflation et de meilleures conditions de travail ; de l'autre, des employeurs privés pressés par les taux d'intérêt, les tensions commerciales et l’incertitude, et un secteur public confronté à des restrictions budgétaires malgré des besoins croissants.

Que surveiller en 2026?

  • Tensions commerciales avec les États-Unis : Ralentissement possible des investissements et des embauches dans les secteurs exportateurs.

  • Politiques d'austérité vs investissements publics : Réduction des opportunités dans la fonction publique (gels de recrutement) mais création d'emplois pour la défense, la transition énergétique et la construction d’infrastructures.

  • Contraction démographique : La baisse de l'immigration pourrait réduire la compétition entre chercheurs d'emploi tout en aggravant les difficultés de recrutement des entreprises.

  • Accélération de l'automatisation par l'IA : Risque accru de substitution des travailleurs dans certains secteurs comme l'information et la culture, où l'adoption et la volonté d’automatisation sont fortes.

  • Évolution du rapport de force employeur-employé : Possible avantage pour les travailleurs avec la probable résurgence des pénuries de main-d'œuvre, mais persistance de tensions dans un contexte économique incertain.

  • Transformation des relations de travail syndiquées : Impact à surveiller des nouvelles lois adoptées en 2025 sur les grèves et la gouvernance.

À propos

À propos de l’Institut du Québec

L’Institut du Québec est un organisme à but non lucratif qui axe ses recherches et ses études sur les enjeux socioéconomiques auxquels le Québec fait face. Il vise à fournir aux autorités publiques et au secteur privé les outils nécessaires pour prendre des décisions éclairées, et ainsi contribuer à bâtir une société plus dynamique, compétitive et prospère.

Ce rapport a été réalisé par Anthony Migneault, Souleima El Achkar, Simon Savard et Emna Braham, avec la collaboration d’Alain Dubuc et Gabriel Ferland.

Tout au long de l’année, l’Institut du Québec (IDQ) met en perspective les dernières données sur le marché de l’emploi avec les enjeux d’actualité.

Notes de l’emploi

Chaque premier vendredi du mois, après la publication de l’Enquête sur la population active par Statistique Canada, l’IDQ publie une synthèse des faits saillants pour le Québec. Cette analyse met en lumière des indicateurs clés reflétant à la fois la vigueur du marché du travail et la qualité des emplois, en abordant notamment la création d’emplois, l’évolution de la population active, ainsi que les conditions d’emploi et la rémunération.

Regard sur les postes vacants

Chaque trimestre, nous analysons les données clés pour le Québec concernant les postes que les employeurs cherchent à combler, en nous appuyant sur l’Enquête sur les postes vacants et les salaires de Statistique Canada.

La balance du pouvoir

En 2025, le marché de l'emploi québécois a été marqué par de multiples bouleversements : un tango tarifaire avec les États-Unis, des restrictions dans de nombreux programmes d'immigration, ou encore l’utilisation accrue de l'intelligence artificielle (IA). Dans cette 10e édition du bilan de l'emploi, l'Institut du Québec analyse l’impact de ces phénomènes tant pour les travailleurs (facilité à trouver un emploi, évolution des salaires) que pour les employeurs (défis de recrutement, évolution des coûts de main-d'œuvre).

Au cours des trois dernières années, la combinaison d'une demande de main-d'œuvre réduite par le ralentissement économique et d'une immigration accrue a intensifié la compétition entre chercheurs d'emploi. Ce changement a inversé le rapport de force entre employeurs et employés qui, à la sortie de la pandémie, était favorable aux employés en raison des pénuries de main-d'œuvre.

Les récents changements de politiques d'immigration, tant au niveau fédéral que provincial, ont commencé en 2025 à ralentir la croissance du bassin de travailleurs disponibles, ce qui pourrait faire réapparaître les difficultés de recrutement et remettre le rapport de force du côté des employés.

Ces variations au rapport de force entre employeurs et employés ont néanmoins laissé des traces. Le décalage entre les attentes des employeurs et celles des travailleurs a généré des frictions et des conflits. L'émergence accélérée de l'IA a également alimenté les inquiétudes concernant l'avenir des travailleurs. Tous ces enjeux soulèvent ensemble une question cruciale :

QUI, DES EMPLOYEURS OU DES TRAVAILLEURS, DÉTIENDRA LE RAPPORT DE FORCE DANS CE NOUVEL ENVIRONNEMENT ?

Tarifs américains : plus de peur que de mal pour l’emploi

Ce qu'il faut retenir :

  • Depuis 2023, le ralentissement économique et l'immigration accrue ont intensifié la compétition pour l'emploi, inversant le rapport de force qui favorisait les employés après la pandémie. La guerre tarifaire a maintenu ce rapport de force, quoique moins sévèrement qu'anticipé : le secteur manufacturier québécois, plus susceptible d’exporter aux États-Unis, a maintenu un niveau d'emploi stable (+0,4% entre décembre 2024 et 2025).

  • Ceci s’explique en partie par le fait que les tarifs ont été plus faibles qu'anticipé, que certains exportateurs ont réussi à trouver de nouveaux débouchés, mais aussi parce que les employeurs restent réticents à licencier une main-d'œuvre alors que des pénuries persistent dans certaines régions : seulement 0,1 % des manufacturiers québécois prévoient des licenciements en réponse aux tarifs américains en 2026.

  • En revanche, les industries fortement dépendantes du marché américain – ce qui inclut certains manufacturiers mais aussi la foresterie et l'industrie du film – s'avèrent plus vulnérables, avec une baisse de 5,1 % de l'emploi entre 2024 et 2025.

  • Cependant, si d'autres tarifs sont imposés, des entreprises jusqu'ici peu touchées pourraient se retrouver en difficulté, réduisant les opportunités d'emploi et fragilisant la situation des travailleurs.

2025 : la catastrophe annoncée n’a pas eu lieu

  • Depuis 2023, le ralentissement économique et l'immigration accrue ont intensifié la compétition pour l'emploi, inversant le rapport de force qui favorisait les employés après la pandémie.

  • En début d’année 2025, les menaces de nouveaux tarifs douaniers faisaient craindre que les exportations canadiennes soient délaissées par les partenaires américains. L’incertitude concernant la position américaine envers ses alliés faisait redouter un important ralentissement économique, pouvant entraîner des mises à pied, surtout dans le secteur manufacturier.

  • Pourtant, le secteur manufacturier québécois dans son ensemble s'en tire mieux que ce qui était anticipé au début de la tempête tarifaire. En particulier, l’emploi y est resté globalement inchangé (+0,4 % entre décembre 2024 et décembre 2025).

  • Cela s'explique en partie par des tarifs moins sévères que ceux initialement redoutés. Les exportateurs québécois ont rapidement obtenu leurs certifications de conformité à l’ACEUM, limitant l'impact des hausses ultérieures de tarifs. Ce faisant, en moyenne, les exportations québécoises vers les États-Unis sont soumises à un taux moyen inférieur à 10 %. Cependant, certains produits tels que l’acier, l’aluminium, le cuivre, les véhicules automobiles et le bois d’œuvre sont visés par des tarifs spécifiques entre 10 % et 50 %.

Les manufacturiers ne prévoient pas de licencier en 2026

  • La résilience de l’emploi dans le secteur manufacturier dans son ensemble s’explique également par le fait que les employeurs sont réticents à mettre à pied leur personnel. L’Enquête canadienne sur la situation des entreprises de Statistique Canada révèle que l’obstacle le plus difficile rencontré par les manufacturiers québécois au dernier trimestre de 2025 concerne les difficultés liées à l’exportation hors du Canada. En même temps, le tiers des entreprises manufacturières s’attendent toujours à des obstacles liés à la main-d’œuvre dans les prochains mois.

  • Les entreprises font donc face à deux craintes contradictoires : devoir réduire la production, car la demande n’est plus au rendez-vous, et manquer de personnel si les ventes reprennent. C’est la raison pour laquelle, malgré l'ampleur des inquiétudes actuelles, presque aucun manufacturier québécois encore actif dans la province ne prévoit de licenciements dans la prochaine année en réponse aux tarifs américains (graphique 1). Les entreprises tentent plutôt d’augmenter leurs prix ou de diversifier leurs fournisseurs et leurs clients.

Graphique 1
  • Même sans mises à pied formelles, l'emploi pourrait néanmoins continuer à diminuer dans les industries et les régions les plus touchées si les employeurs cessent de remplacer les départs habituels et gèlent les embauches. Il faut aussi garder à l'esprit que si des tarifs additionnels se concrétisaient, des entreprises jusque-là relativement épargnées pourraient être menacées, entraînant une baisse des opportunités d’emploi et une plus grande précarité pour les travailleurs.

Mais les secteurs dépendants de la demande américaine sont plus vulnérables

  • Certains secteurs de l’économie dépendent davantage de la demande américaine et ont donc été davantage touchés par les tarifs. Il s’agit tout particulièrement de certains segments du secteur manufacturier (tel que la fabrication de vêtements), de l’industrie du film et de la foresterie où 35 % de l’emploi dépend de la demande américaine.

  • Ces secteurs ont vu leurs exportations vers les États-Unis chuter de manière importante, passant de 5,8 G$ en mars 2025 à 4,7 G$ en octobre 2025, soit une baisse de 20 %, selon les dernières données disponibles. Plusieurs de ces industries ont réussi à réorienter une partie de ces exportations vers d’autres marchés limitant l’impact économique (graphique 2).

  • L’emploi dans ces industries a connu une baisse, plus modeste que celle des exportations, de 5,1 % entre 2024 et 2025 (graphique 3). La relative résilience de l’emploi dans ces secteurs peut s’expliquer en partie par une réticence à licencier dans des régions où les pénuries de main-d’œuvre sont encore bien réelles.

  • Cependant, la décroissance s’est amorcée avant même l’imposition des tarifs, signe que le climat d’incertitude à lui seul pèse lourd dans les décisions d’embauche des entreprises manufacturières. Bien qu’ensemble, ces secteurs représentent 10 % de l’emploi total au Québec, ils peuvent représenter des employeurs centraux dans certaines régions.

Graphique 2
Graphique 3

Moins de chômeurs, mais aussi moins de création d’emplois

Ce qu'il faut retenir :

  • Entre décembre 2024 et 2025, l'économie québécoise a créé 41 100 emplois, soit moins qu'auparavant, tandis que la population active n'augmentait que de 30 600 personnes. Ce ralentissement, plus prononcé pour l'offre de travail que pour la demande, a permis de réduire le chômage de 10 500 personnes.

  • Sans véritable rebond économique qui aurait donné l'avantage aux travailleurs, cet alignement entre croissance démographique et économique a permis de stabiliser le taux de chômage général et celui des jeunes, tout en réduisant celui des immigrants permanents et temporaires.

  • Toutefois, ces chiffres ne reflètent pas une véritable vigueur économique : c'est principalement le secteur public qui a embauché (+3,1%), surtout dans l'enseignement, tandis que le secteur privé stagnait (-0,2%). À l'échelle canadienne, le secteur privé s'est montré plus dynamique (+1,4%).

  • Entre 2026 et 2029, la population en âge de travailler diminuera pour la première fois depuis plus d’un siècle, conséquence du vieillissement démographique, mais surtout de la baisse des seuils d’immigration permanente et du nombre de résidents non permanents. Ce recul pourrait faire basculer le rapport de force en faveur des travailleurs grâce à la raréfaction des candidats.

Baisse du nombre de chômeurs

  • Sans véritable rebond économique qui aurait véritablement fait pencher la balance du pouvoir en faveur des travailleurs, les opportunités professionnelles ont néanmoins surpassé l'accroissement du bassin de travailleurs disponibles au Québec, qu'ils soient en emploi ou à la recherche d'un emploi. Entre décembre 2024 et décembre 2025, l'économie québécoise a créé 41 100 emplois tandis que la population active n'augmentait que de 30 600 personnes. Résultat : une réduction de 10 500 chômeurs au cours de la même période.

  • Cette création d'emplois, bien que bienvenue, reste plus modeste qu’au cours des années précédentes (graphique 4). Si ce ralentissement est en partie dû à des conditions économiques défavorables, ce sont surtout des facteurs démographiques qui ont joué en 2025. En effet, il est difficile de créer davantage d’emplois quand la population croît 2,5 fois moins rapidement (graphique 5).

  • Somme toute, le marché de l'emploi a stoppé son repli en 2025, freinant ainsi l'érosion du rapport de force des employés face aux employeurs. En effet, le taux de chômage est passé de 5,5 % en décembre 2024 à 5,3 % en décembre 2025.

Graphique 4
Graphique 5

Le chômage des jeunes se stabilise

  • Dans une économie au ralenti, où les embauches se raréfient, les personnes en recherche d'un premier emploi et les travailleurs peu expérimentés sont les premiers pénalisés. Les jeunes (15-24 ans) ont donc été les premiers touchés, si bien que leur taux de chômage augmentait beaucoup plus rapidement que celui des travailleurs de 25 ans et plus depuis 2023. Toutefois, en 2025, ce taux s'est stabilisé (8,7 % en décembre 2025) à un niveau presque identique à celui de décembre 2024 (8,9 %) (graphique 6).

  • Cette stabilisation s'explique principalement par une croissance plus modérée du bassin de jeunes travailleurs : entre décembre 2024 et décembre 2025, le Québec comptait 12 100 jeunes supplémentaires, une hausse quatre fois moins élevée que l’année précédente. Ce ralentissement résulte notamment des restrictions à l'immigration, qui ont particulièrement touché les étudiants internationaux.

  • Parallèlement, la création d'emplois – notamment dans le commerce de gros et de détail où les jeunes sont surreprésentés (graphique 7) – a facilité l’entrée sur le marché du travail des jeunes, ce qui a permis de maintenir stable le taux de chômage dans cette tranche d'âge.

  • Malgré cette apparente stabilisation, une inquiétude persiste quant aux perspectives professionnelles des jeunes diplômés dans un contexte économique ralenti. Au troisième trimestre 2025, on comptait quatre chômeurs diplômés pour chaque poste exigeant une formation universitaire – un ratio préoccupant qui suscite des interrogations légitimes chez les étudiants et les récents diplômés.

Graphique 6
Graphique 7

La création d’emplois s’est surtout faite dans le secteur public

  • L’augmentation du nombre d’employés dans l’économie a été portée par le secteur public entre décembre 2024 et décembre 2025 : il s’y est créé, au net, 34 100 emplois (+3,1 %), alors que le secteur privé a relativement stagné avec une perte nette de 4 600 emplois (-0,2 %). Le nombre de travailleurs autonomes a quant à lui augmenté de 11 500 (+2,2 %).

  • Cela fait déjà quelques années que l'emploi stagne dans le secteur privé et augmente dans le secteur public. Depuis 2019, la part du secteur public dans l'emploi total ne cesse d'augmenter – une tendance qui s’est accélérée pendant la pandémie et qui s'est maintenue ensuite –, passant de 22 % en décembre 2019 à près de 25 % en décembre 2025.

  • Depuis 2019, c'est le secteur de l'enseignement qui a connu la plus forte progression, suivi de l'administration publique et des soins de santé (graphique 8). Dans ces deux derniers secteurs, l’emploi s’est stabilisé en 2025, résultat d’une volonté de ralentir la croissance des dépenses publiques. Dans le secteur de l'enseignement, les embauches continuaient de progresser, notamment pour des aides à la classe négociées dans la dernière convention collective.

  • Dans l'ensemble du Canada, le secteur public a alimenté la croissance de l'emploi (+1,2 % entre décembre 2024 et décembre 2025), mais de manière moins marquée qu'au Québec (+3,1 %). Surtout, la création nette d’emplois dans le secteur privé y a été positive (+1,4 %), contre une stagnation au Québec (graphique 9).

Le taux de chômage des immigrants recule nettement

  • Cette situation a notamment profité aux immigrants – temporaires et permanents –, qui avaient été les plus touchés par les hausses de chômage des dernières années. En 2025, bien que leurs taux de chômage restent plus élevés (10,7 % pour les immigrants temporaires et 5,5 % pour les permanents) que celui des natifs (4,2 %), ils ont affiché une nette tendance à la baisse (graphique 10).

graphique 8
graphique 9

Le Québec n’aura plus besoin de créer autant d’emplois qu’avant

  • La création d'emplois a longtemps été considérée comme l'indicateur phare de la vitalité économique. Les gouvernements promettent de « créer des emplois », supposant que chaque poste supplémentaire signifie un chômeur de moins.

  • Depuis 2018, cette dynamique s'est inversée avec le départ à la retraite massif des baby-boomers et l'arrivée sur le marché du travail de générations moins nombreuses. Ce faisant, c'est désormais la disponibilité de travailleurs qui contraint bien souvent la création d'emplois, puisqu’il est impossible de créer des postes sans personnel pour les occuper.

  • Après un bond de la population en âge de travailler (20 à 64 ans) porté par l'immigration temporaire entre 2021 et 2024, celle-ci devrait stagner en 2026. Plus frappant encore, entre 2026 et 2029, la combinaison d'un creux démographique (hausse du nombre de personnes atteignant l’âge de la retraite) et des restrictions en immigration (annexe) devrait entraîner une diminution de la population québécoise en âge de travailler, ce qui n’était pas arrivé depuis plus d’un siècle.

  • Ce recul pourrait faire basculer le rapport de force en faveur des travailleurs par la raréfaction des candidats. Mais aussi, cela signifie que dans les prochaines années, même une création d'emplois modeste, voire une baisse de l’emploi, suffira pour maintenir un taux d'emploi stable (part de la population en âge de travailler à l’emploi). Si le taux de chômage a arrêté sa progression en 2025, c’est parce que la création d’emplois s’est alignée sur la croissance démographique (graphique 11).

  • Il reste cependant un point d'interrogation majeur : dans quelle mesure le nombre d'immigrants va-t-il réellement diminuer ? Malgré les importantes restrictions mises en place en 2024 et 2025, l’augmentation de la population active a été 60 % plus importante que ce que le ministère des Finances avait prévu dans son budget de mars 2025(données en moyenne annuelle). Les effets des politiques de restriction migratoire pourraient être moins prononcés ou plus lents à se manifester que prévu.

Graphique 10
Graphique 11

L’IA n’a pas (encore) remplacé les travailleurs

Ce qu'il faut retenir :

  • L'IA suscite des craintes de remplacement des travailleurs et d'affaiblissement de leur rapport de force face aux employeurs, particulièrement chez les jeunes. Dans le secteur des TI, l'emploi des 15-29 ans a chuté de 10 500 postes depuis l’arrivée de ChatGPT en novembre 2022, alors qu'il augmentait chez leurs aînés. Cependant, comme cette baisse coïncide avec d'autres phénomènes – normalisation des effectifs post-pandémie et fin des crédits d'impôt – il est difficile d'établir une relation de cause à effet directe avec l'IA.

  • Le risque de remplacement par l'IA diffère fortement selon les secteurs. Les enquêtes sur les intentions des entreprises révèlent plusieurs cas de figure : les secteurs de l'information et de la culture (télécommunications, édition, cinéma) montrent une forte volonté d'adopter l'IA et d'automatiser les tâches humaines. À l'inverse, les services professionnels (gestion, comptabilité, architecture) manifestent un vif intérêt pour l'IA mais peu d'intention d’automatiser des tâches.

  • D'autres domaines comme l'hébergement, la restauration ou la construction ne témoignent d'un intérêt significatif ni pour l'IA ni pour l'automatisation. Ces secteurs, qui emploient près d'un travailleur québécois sur deux, semblent pour l'instant largement préservés de cette transformation.

  • D'ailleurs, 73% des entreprises affirment que l'IA n'a pas encore substantiellement réduit les tâches auparavant effectuées par les employés et n'a pas eu d'impact négatif sur l'emploi.

Les postes d’entrée sont les plus à risque

  • Sans y être relié, le ralentissement économique a coïncidé avec l'arrivée de ChatGPT en novembre 2022, ce qui a aggravé les craintes que l'IA remplace certains travailleurs et qu’elle affaiblisse leur rapport de force face aux employeurs. Les jeunes semblent particulièrement exposés à cette menace parce que leurs emplois comportent souvent des tâches que l'IA réalise désormais facilement (rédaction de textes, recherche d'information, analyses simples).

  • Si les experts ne s'accordent pas encore sur l'ampleur du phénomène, des études américaines suggèrent que l'IA réduirait les postes d'entrée.

  • Le secteur des TI illustre peut-être ce phénomène (graphique 12). Depuis le lancement de ChatGPT, qui symbolise la démocratisation des outils d’IA en novembre 2022, l'emploi des jeunes professionnels en TI (15-29 ans) a reculé d’environ 10 500, tandis que celui des professionnels plus expérimentés (30 ans et plus) a légèrement augmenté (+9 900). Nous considérons ici 26 métiers des TI, tous secteurs confondus. Cette baisse des postes pour débutants contraste avec la situation générale des jeunes dans cette tranche d’âge à l’échelle du Québec, qui ont bénéficié d'une hausse de l’emploi.

  • Toutefois, établir un lien causal direct avec l'IA demeure hasardeux. La baisse de l’emploi en TI renverse une tendance de fortes embauches dans le secteur. C’est donc peut-être seulement le reflet d’un rééquilibrage postpandémique des effectifs. Ce sont peut-être aussi les répercussions de la baisse des crédits d'impôt, qui affecte des employeurs majeurs du secteur (jeux vidéo, effets spéciaux).

  • D’ailleurs, une étude de Statistique Canada montre que l’emploi dans les métiers et professions les plus à risque d’être remplacés par l’IA – comme les ingénieurs en logiciels ou les commis à la saisie de données – a même augmenté entre novembre 2022 et décembre 2025. Cela suggère qu’en effet, l’IA n’a pas encore remplacé les travailleurs.

graphique 12

L’IA encore peu utilisée dans plusieurs secteurs

  • L'intégration de l'IA dans les organisations est encore assez limitée au Québec comme dans le reste du Canada. En 2025, une enquête de Statistique Canada a montré que seulement 13 % des entreprises québécoises déclarent avoir véritablement intégré l'IA dans leurs processus de production de biens ou de services (au-delà d'usages accessoires, comme l'aide à la rédaction de courriels).

  • Parmi les entreprises qui l’ont intégré, 73 % disent que l’IA n’a pas réduit les tâches précédemment effectuées par les employés, du tout ou dans une faible mesure seulement.

  • Surtout, lorsque les entreprises se projettent dans l’avenir, le lien entre leurs intentions d'adopter l'IA et leur désir d’automatiser des tâches varie considérablement d’une industrie à l’autre. On observe quatre cas de figure (graphique 13) :

    • Adoption forte et automatisation élevée. Dans l'information et la culture (télécommunications, édition, industrie du film), qui emploie beaucoup de travailleurs en TI, 49 % des entreprises prévoient d’utiliser l'IA en 2026, et 37 % d’automatiser certaines tâches des travailleurs.

    • Adoption forte et automatisation faible. Dans les services professionnels (gestion, comptabilité, architecture), 39 % des entreprises prévoient d’utiliser l'IA en 2026, mais seulement 16 % envisagent d’automatiser des tâches réalisées par des humains.

    • Adoption faible et automatisation élevée. Dans le secteur manufacturier, seulement 10 % prévoient d’utiliser l'IA alors que 26 % des entreprises souhaitent automatiser des tâches.

    • Adoption faible et automatisation faible. Dans l’hébergement et la restauration, très peu d'entreprises prévoient d’utiliser l'IA (7 %) ou d’automatiser des tâches (0,4 %). La construction présente un profil similaire, entre autres. Les secteurs dans ce cas de figure représentent une part importante de l'économie québécoise. En fait, près d’un employé sur deux au Québec travaille dans une industrie où peu d’entreprises (10 % ou moins) souhaitent automatiser des tâches, ce qui suggère qu’une substitution massive de travailleurs n’est pas imminente.

graphique 13

Pouvoir et frictions

Ce qu'il faut retenir :

  • Alors qu'au sortir de la pandémie on comptait moins d'un chômeur par poste vacant, en 2025, on en comptait 2,2, plaçant le marché de l'emploi à l’avantage des employeurs qui disposent désormais d'un plus grand nombre de candidats pour pourvoir leurs postes. Néanmoins, les divergences régionales sont importantes, avec nettement plus de candidats disponibles dans les grands centres urbains que dans les régions du Québec.

  • Malgré ce renforcement du pouvoir des employeurs, les salaires ont progressé plus vite que l'inflation indiquant que les employés conservent néanmoins un certain pouvoir de négociation.

  • Les salaires ont progressé plus rapidement dans le secteur public (7,5%) que privé (3,6%) entre décembre 2024 et 2025, reflétant un effet de rattrapage. Après avoir augmenté moins vite que l'inflation jusqu'à la fin de 2024, les salaires dans le secteur public ont connu une hausse soudaine en 2025 avec l'entrée en vigueur de nouvelles conventions collectives.

  • Ces ajustements ont généré d'importantes tensions sociales (1,3 million de jours-personnes perdus en arrêts de travail en 2025), principalement dans le secteur public (67 %).

  • Ces conflits résultent d'attentes contradictoires : d'un côté, des employés réclamant des compensations pour l'inflation et de meilleures conditions de travail ; de l'autre, des employeurs privés pressés par les taux d'intérêt, les tensions commerciales et l’incertitude, et un secteur public confronté à des restrictions budgétaires malgré des besoins croissants.

Beaucoup plus de chômeurs que de postes vacants dans la plupart des régions

  • En 2022, la pénurie de main-d'œuvre était aiguë : on comptait moins d'un chômeur par poste vacant. Cette situation favorisait nettement les travailleurs, leur permettant de trouver facilement un emploi ou d'en changer pour de meilleures conditions. Depuis, l'effet combiné du ralentissement économique et de l'augmentation du bassin de travailleurs portée par l'immigration temporaire a transformé le marché de l'emploi québécois.

  • En novembre 2025 (dernière donnée disponible), on comptait 2,2 chercheurs d'emploi pour chaque poste à pourvoir (graphique 14). Par rapport aux années postpandémiques, le marché penche davantage du côté des employeurs. Ceux-ci bénéficient d'un plus grand choix de candidats et ressentent moins de pression concurrentielle pour attirer et fidéliser leur personnel. Cet ascendant des employeurs est plus marqué dans le reste du Canada, où on compte 3,4 chômeurs par postes vacants en novembre 2025.

  • Au Québec, cette tendance générale masque toutefois d'importantes disparités régionales, puisqu’on observe, en réalité, différents cas de figure (graphique 15). Par exemple, dans l'Outaouais (6,4 chômeurs par postes vacants), la réduction des embauches dans la fonction publique, combinée à un afflux constant de jeunes diplômés, a créé un marché nettement favorable aux employeurs.

  • À l'inverse, en Abitibi-Témiscamingue (0,9 chômeurs par postes vacants), l’appétit des employeurs est encore au rendez-vous, tandis que les restrictions sur l'immigration temporaire ont réduit le bassin de travailleurs disponibles. Ce faisant, on y trouve encore davantage de postes vacants que de chômeurs, ce qui maintient un rapport de force favorable aux employés.

graphique 14
graphique 15

Des salaires qui augmentent rapidement malgré tout

  • La croissance des salaires reflète en partie le rapport de force entre employeurs et employés. Des hausses rapides signalent une compétition pour attirer les travailleurs, ce qui leur donne l'avantage pour améliorer leurs conditions ou changer d'emploi. La période inflationniste, amorcée en 2022, a amplifié cette dynamique en combinant rareté de main-d'œuvre et nécessité de préserver le pouvoir d'achat.

  • En 2025, malgré un marché de l'emploi marqué par l’incertitude, la croissance des salaires s'est maintenue au-dessus de l'inflation en moyenne sur l’année. Cette hausse a surtout été propulsée par le secteur public (graphique 16), où elle a été nettement plus forte (+7,5 % entre décembre 2024 et décembre 2025) que dans le privé (+3,6 %).

  • Ce décalage du secteur public s'explique en partie par un effet de rattrapage. En effet, les salaires des employés y ont augmenté moins vite que l'inflation jusqu'à fin 2024, puis ont connu une hausse soudaine en 2025, notamment en raison de l'entrée en vigueur de nouvelles conventions collectives.

  • La crise inflationniste a durablement marqué l'économie, avec un coût de la vie nettement plus élevé qu'en décembre 2019 (+23 %). Dans le secteur privé, les salaires ont connu une nette amélioration (+34 %). Les salaires du secteur public, quant à eux, viennent à peine de rattraper l’inflation (+25 %).

graphique 16
+7,5 %
dans le secteur public
+3,6 %
dans le secteur privé
AUGMENTATION DES SALAIRES ENTRE DÉCEMBRE 2024 ET DÉCEMBRE 2025

Des relations de travail tendues

  • La hausse des salaires, qui est une bonne nouvelle pour les travailleurs qui ont dû faire face à une augmentation marquée du coût de la vie, représente une croissance des coûts pour les organisations. Pour la compenser, celles-ci ont deux options : transférer ces coûts à leurs clients en augmentant leurs prix ou réaliser des gains de productivité pour préserver leurs marges bénéficiaires.

  • Or, les entreprises du secteur privé peinent à réaliser des gains de productivité, et la forte inflation des dernières années limite pour certaines la capacité des clients à absorber une hausse de prix. Du côté du secteur public, les attentes salariales se butent à un désir de ralentir la croissance des dépenses.

  • Cette divergence des attentes crée un fossé particulièrement grand entre employeurs et employés. Pour les travailleurs syndiqués (86 % dans le secteur public, 23 % dans le secteur privé), ce fossé se manifeste notamment par des arrêts de travail (grèves et lock-out) qui dépassent la moyenne historique depuis 2021 (graphique 17). Ces tensions témoignent d'un réajustement du rapport de force entre employeurs et employés face aux nouvelles réalités du marché du travail.

  • En 2025, il y a eu 1 353 000 jours-personnes perdus (graphique 18), principalement en raison d'arrêts de travail à Postes Canada, dans l'administration publique provinciale, dans la construction résidentielle, chez les débardeurs du Port de Montréal, à l'hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth et à la STM.

1,3 million en 2025
JOURS-PERSONNES PERDUS EN GRÈVE ET LOCK-OUT
  • Depuis 2023, la majorité des arrêts de travail se concentrent dans le secteur public (graphique 18), en partie parce que les travailleurs de ce secteur devaient effectuer un rattrapage salarial en raison de l'inflation.

Un phénomène qui n’est pas unique au Québec

  • Bien qu'il soit difficile de comparer l'ampleur des arrêts de travail avec d'autres juridictions, les données de Statistique Canada, qui permettent une comparaison entre les provinces, montrent que l'augmentation des jours-personnes non travaillés était encore plus prononcée dans l'ensemble du Canada (+117 %) qu'au Québec (+103 %) entre la période 2017-2019 et la période 2022-2024.

  • Plus généralement, on observe, durant la même période, la même tendance à la hausse des jours-personnes perdus dans de nombreux pays, même plus prononcée au Royaume-Uni (+683 %), en Norvège (+440 %) et aux États-Unis (+268 %) qu’au Canada.

graphique 17
graphique 18

Que surveiller en 2026 ?

  • Le marché de l'emploi québécois naviguera, en 2026, dans des eaux particulièrement incertaines. Les tensions commerciales avec les États-Unis, alimentées par la menace constante de nouveaux tarifs et l’échéance de l’examen conjoint de l’ACEUM, créent un climat d’incertitude qui pèse sur les projets d’expansion et, par extension, sur les embauches. Les industries exportatrices resteront particulièrement à risque.

  • Les interventions gouvernementales visant à répondre à ce contexte trouble redessinent également le paysage de l'emploi. Tant à Québec qu'à Ottawa, on cherche simultanément à réduire les dépenses tout en augmentant les investissements.

  • Ça se traduit, d'un côté, par une hausse des investissements publics dans les infrastructures, la transition énergétique et la défense, ce qui promet de créer des emplois, mais aussi d'exacerber les difficultés d'embauche dans certains secteurs, comme la construction, où les besoins seront importants (logements, transition énergétique).

  • D’un autre côté, les deux gouvernements tentent de ralentir les dépenses de fonctionnement avec des gels de recrutement dans la fonction publique, ce qui réduira les opportunités d'emploi dans ce secteur.

  • La baisse de l'immigration devrait entraîner une contraction démographique au Québec au cours des prochaines années. Cela devrait atténuer la compétition que se font les travailleurs pour se trouver un emploi, mais pourrait aussi aggraver la difficulté des entreprises à embaucher de la main-d’œuvre qualifiée.

  • L’automatisation d’emplois causée par l’IA continuera d’inquiéter en 2026. Dans certains secteurs (comme celui de l’information et culture) où l'adoption de l'IA et la volonté de remplacer certaines tâches des travailleurs sont fortes, cette substitution pourrait s’accélérer.

  • Bref, les perturbations de 2026 signalent une mutation profonde du rapport de force entre employeurs et employés (tableau 1). La balance du pouvoir pourrait pencher du côté des travailleurs, notamment en raison de la baisse prévue de l'immigration et des pénuries de main-d'œuvre que cela risque d'occasionner dans plusieurs régions et secteurs.

  • Mais plusieurs forces contradictoires sont à l'œuvre, et les tensions entre employeurs et employés pourraient bien persister en 2026. Cette évolution du rapport de force influencera non seulement la trajectoire des salaires, mais aussi les conditions de travail négociées - comme la flexibilité du télétravail, qui sera plus ou moins favorable selon qui détient le « gros bout du bâton ».

  • Deux nouvelles lois adoptées en 2025 pourront par ailleurs transformer les relations de travail dans les milieux syndiqués: La Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out et la Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail.

TABLEAU 1
Risques sur les employés et les employeurs en 2026

Annexe 1

Principales restrictions à l’immigration temporaire en 2025

Abolition du Programme de l'expérience québécoise (PEQ) : Fin, le 19 novembre 2025, d'une voie d'accès privilégiée à la résidence permanente pour les étudiants internationaux diplômés et les travailleurs temporaires qualifiés.

Plafonnement des étudiants internationaux : La mise en œuvre de la Loi 74 a instauré des quotas par établissement, limitant le nombre de certificats d'acceptation (CAQ) délivrés et entraînant une baisse effective des admissions à l’automne 2025. Plus récemment, le gouvernement a annoncé une nouvelle série de plafonds encore plus stricts pour la période 2026-2027, visant à réduire le nombre total d'étudiants à environ 110 000 d'ici la fin de 2029.

Restrictions pour les travailleurs étrangers temporaires (TET) : Le gel des nouvelles demandes d’Évaluation de l'impact sur le marché du travail (EIMT) pour les postes à bas salaire (moins de 34,62 $/h) dans la région de Montréal et à Laval, qui devait être temporaire, a été prolongé jusqu'au 31 décembre 2026.

Nouvelles exigences de francisation : Depuis le 17 décembre 2025, l’accès au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) est conditionnel à de nouvelles obligations linguistiques. Les travailleurs doivent démontrer une connaissance du français (niveau 4 à l'oral) après trois ans sur le territoire, tandis que les employeurs ont désormais l'obligation formelle de soutenir la francisation de leurs employés et de prouver leur conformité à la Charte de la langue française.

Restrictions sur les permis pour conjoints : Depuis le 21 janvier 2025, l’accès aux permis de travail ouverts pour les conjoints est limité aux conjoints de travailleurs occupant des postes de haute qualification ou certaines autres professions dans des secteurs clés (santé, construction, sciences, etc.). Le travailleur principal doit également détenir un permis valide pour au moins 16 mois.

Renforcement des contrôles frontaliers : Mesures accrues pour limiter l'arrivée de demandeurs d'asile par le contrôle des frontières.

Les données disponibles jusqu'en octobre 2025 montrent une hausse du nombre d'immigrants temporaires aux 1er et 2etrimestres de 2025, suivie d'une première baisse au 3e trimestre, qui combine la diminution des nouveaux permis et les départs accrus de résidents temporaires sans perspective d'établissement permanent.

Annexe 2

tableau a1
Caractéristiques de la population active au Québec (en milliers)
tableau a1
Caractéristiques de la population active au Québec (en pourcentage, suite)
tableau a2
Emploi selon la région administrative au Québec (en milliers)
tableau a3
Taux de chômage selon la région administrative au Québec (en pourcentage)
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