Veille de l'emploi
NOTE DE L'EMPLOI
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Lemploi recule dans les secteurs québécois les plus exposés aux droits de douane américains

Note de l'emploi - avril 2026

8 mai 2026

Les tarifs américains pèsent sur l’emploi au Québec

Un mois après l’entrée en vigueur, le 6 avril dernier, d’un changement important dans la façon dont les États-Unis calculent certains droits de douane visant des produits contenant de l’acier, de l’aluminium ou du cuivre, les effets des tensions commerciales se font de plus en plus sentir au Québec. Entre ces nouvelles règles tarifaires et les autres mesures touchant notamment certains produits du bois, les meubles, les armoires et d’autres biens exposés au marché américain, plusieurs exportateurs québécois doivent composer avec des coûts plus élevés pour vendre aux États-Unis.

Dans ce contexte, une question s’impose : comment les industries québécoises les plus dépendantes de la demande américaine ont-elles évolué depuis l’imposition de ces mesures tarifaires? Pour y répondre, l’IDQ s’est penché sur l’évolution de l’emploi dans ces secteurs, en les comparant au reste du marché du travail québécois.

Les résultats montrent que l’emploi dans les industries les plus dépendantes de la demande américaine demeure inférieur à son niveau moyen de 2024 (graphique 1). Entre l’année 2024 et mars 2026, l’emploi dans ces industries a diminué de plus de 7 %, ce qui représente une baisse de plus de 31 600 emplois.

Pour identifier les industries les plus exposées au marché américain, l’IDQ reprend la méthodologie de Statistique Canada, qui considère comme dépendantes de la demande américaine les industries où au moins 35 % des emplois sont liés aux exportations vers les États-Unis.

Cela contraste avec le reste du marché du travail québécois. Dans les industries moins exposées à la demande américaine, l’emploi a légèrement augmenté depuis 2024, avec une hausse de moins de 1 %, soit près de 10 900 emplois supplémentaires. Ces gains ont notamment été soutenus par la progression de l’emploi dans l’enseignement primaire et secondaire ainsi que dans certaines activités de services, comme les agences de courtage d’assurances.

Il faut toutefois interpréter ces résultats avec prudence. La baisse de l’emploi dans les industries fortement dépendantes de la demande américaine ne peut pas être attribuée entièrement aux seuls tarifs. À l’échelle canadienne, Statistique Canada observait déjà des pertes dans ces industries en 2024, avant l’imposition de plusieurs mesures tarifaires. Toutefois, le rythme du recul s’est accéléré par la suite avec l’intensification des tensions commerciales.

Parmi les 67 industries identifiées comme dépendantes de la demande américaine, 42 ont enregistré une baisse de l’emploi depuis 2024. À l’inverse, 25 industries ont vu leurs effectifs augmenter, notamment l’extraction de minerais métalliques et la fabrication de produits aérospatiaux. Ces hausses rappellent que l’exposition au marché américain ne se traduit pas uniformément par un recul de l’emploi : certaines industries peuvent bénéficier d’une demande soutenue ou de cycles d’investissement favorables, notamment en lien avec les investissements annoncés par le gouvernement fédéral en matière de défense..

Parmi les industries où les reculs sont les plus marqués (graphique 2), le transport de marchandises diverses, qui fait face à des changements aux tarifs entrés en vigueur le 1er janvier 2026, a perdu 14 000 emplois. Cette industrie regroupe notamment les entreprises responsables du camionnage entre le Canada et les États-Unis, où il y a une baisse de l’activité.

Les secteurs liés au bois et au papier figurent aussi parmi les industries touchées. L’emploi aurait reculé d’environ 38 % (-7 200 emplois) dans le secteur d’autres produits fabriqués en bois et d’environ 60 % (-2 900 emplois) dans la fabrication de produits en papier transformé. Ces industries sont particulièrement exposées aux tensions commerciales avec les États-Unis, alors que certains produits forestiers canadiens font face à des droits américains élevés, pouvant atteindre ou dépasser 45 % dans certains cas.

À l’approche de la révision de l’ACEUM, ces constats rappellent que les tarifs demeurent un enjeu important pour plusieurs entreprises québécoises. Même si certaines industries résistent mieux que d’autres, les secteurs les plus tournés vers les États-Unis restent vulnérables à toute détérioration des conditions d’accès à ce marché.

Graphique 1
Graphique 2

Les chiffres en bref

Vigueur du marché du travail

  • Taux de chômage : 5,4 % (5,9 % le mois dernier, 5,8 % il y a un an)

  • Chômeurs : -22 900 ce mois-ci (-20 500 en un an)

  • Emplois total : +9 900 ce mois-ci (-9 300 en un an)

  • Emplois privé : +18 400 ce mois-ci (-37 500 en un an)

  • Population active : -13 000 ce mois-ci (-29 800 en un an)

Qualité des emplois

  • Emplois bien rémunérés : -2 700 ce mois-ci (+20 200 en un an)

  • Emplois à temps plein : -17 900 ce mois-ci (-57 300 en un an)

  • Temps partiel involontaire : 38 300 (+5 400 en un an)

  • Salaires (variation annuelle) : +6,4 % (+5,1 % le mois dernier)