Veille de l'emploi
NOTE DE L'EMPLOI
6 min

L'IA dans la pièce : état des lieux

Note de l'emploi - août 2026

Rapport
4 septembre 2026

Des emplois vulnérables à l'automatisation

En janvier 2025, nous avons publié une étude selon laquelle 18 % de la population active québécoise, soit 810 000 travailleurs, étaient vulnérables à l’impact de l’IA et de l’automatisation. Nous avions considéré deux dimensions de la vulnérabilité : le degré d’automatisation possible d’une profession grâce aux technologies numériques avancées et le degré de difficulté d’un travailleur à se reconvertir en cas de perte d’emploi. Notre méthodologie tenait compte du fait que les tâches « automatisables » évoluent rapidement, et ne se limitent plus à celles qui sont routinières ou répétitives, mais incluent certaines tâches requérant des capacités cognitives et analytiques plus élevées.

Depuis, de nombreuses autres publications au Canada et à l’international ont porté sur l’impact de l’IA sur le marché du travail. Celles-ci utilisent des méthodologies diverses et adoptent différents angles d’analyse. Jusqu’à présent, certains constats émergent, notamment le fait que l’IA risque surtout de transformer les professions ou de remplacer certaines tâches, plutôt que de remplacer les travailleurs eux-mêmes. On observe également que les jeunes travailleurs en TI ont subi des pertes d’emploi depuis l’arrivée de ChatGPT en novembre 2022, et que les jeunes diplômés font face à des conditions d’entrée sur le marché du travail particulièrement difficiles, sans qu’il soit possible d’établir une relation de cause à effet avec l’IA.

Le contexte continuant d’évoluer, nous restons à l’affût des développements. L’une des questions que l’on se pose est la suivante : comment l’emploi a-t-il évolué dans les professions que nous avions identifiées comme étant vulnérables ?

L'emploi a baissé dans les professions vulnérables

À première vue, on constate qu’effectivement, à partir de la fin de 2022, les tendances de l’emploi ont divergé entre les professions dites vulnérables et celles qui ne le sont pas. En juillet 2026, en comparaison avec le niveau prépandémique (2019), l’emploi avait ainsi reculé de 5 % dans les professions vulnérables, alors qu’il avait augmenté de 10 % dans les professions non vulnérables (graphique 1).  

Cela dit, en regardant de plus près, on constate que, pour certains groupes professionnels (ventes et services, fabrication et services d’utilité publique, ressources naturelles et agriculture), l’emploi a baissé autant parmi les professions vulnérables que non vulnérables (graphique 2). Dans ces groupes, les tendances de l’emploi ont été surtout liées à la conjoncture (ralentissement économique, tensions commerciales).

En revanche, pour les groupes métiers, transport et machinerie, sciences naturelles et appliquées, et affaires, finances et administration, l’emploi a baissé pour les professions vulnérables, alors qu’il a augmenté pour les autres.

Une vulnérabilité au-delà de l’IA

Si les professions vulnérables semblent avoir été réellement touchées, on ne peut toujours pas pointer l’IA du doigt, ou distinguer son impact d’autres facteurs. En fait, comme il s’agit surtout de professions qui requièrent généralement un niveau de qualification moindre et dont les travailleurs ont une mobilité professionnelle limitée, elles sont habituellement plus affectées en cas de ralentissement économique. C’est notamment la raison pour laquelle durant la pandémie, soit avant l’arrivée de ChatGPT, l’emploi a chuté de manière beaucoup plus importante pour les professions vulnérables que pour celles qui ne le sont pas. C’est aussi pourquoi l’emploi dans les professions vulnérables stagne depuis la fin de 2022 : à l’époque, la hausse rapide des taux d’intérêt a porté un dur coup au marché du travail, tandis que plus récemment, ce sont les tensions commerciales qui entraînent un ralentissement des embauches.

La composition de la croissance de l’emploi joue aussi. Depuis 2019, celle-ci a été surtout portée par le secteur public (enseignement, santé et administration publique), alors que dans le secteur privé, qui englobe la plus grande part des professions vulnérables, elle été relativement faible.  

Graphique 1
Graphique 2

Les chiffres en bref

Vigueur du marché du travail

  • Taux de chômage : 5,6 % (5,6 % le mois dernier, 5,9 % il y a un an)

  • Chômeurs : +600 ce mois-ci (-20 700 en un an)

  • Emplois, total : -18 500 ce mois-ci (-54 100 en un an)

  • Emplois, privé : -16 900 ce mois-ci (-61 700 en un an)

  • Population active : -17 700 ce mois-ci (-74 700 en un an)

Qualité des emplois

  • Emplois, bien rémunéré : +5 800 ce mois-ci (-33 400 en un an)

  • Emplois, temps plein : -21 200 ce mois-ci (-53 000 en un an)

  • Temps partiel involontaire : 47 800 (+10 000 en un an)

  • Salaires (variation annuelle) : +3,3 % (+3,4 % le mois dernier)

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