Main d'œuvre
NOTE D'ANALYSE
11 min

Comment vont les garçons ?

Étudier vaut-il encore la peine… pour les hommes ?

Rapport
Communiqué de presse
20 août 2025

La tendance est déconcertante : au cours de la dernière année, le taux de chômage chez les jeunes diplômés universitaires a bondi de façon spectaculaire au Québec. Et en y regardant de plus près, un constat troublant émerge :

Cette hausse touche de manière disproportionnée les jeunes hommes diplômés, dont le taux de chômage est 1,7 fois plus élevé que celui de leurs homologues féminines.

Plus surprenant encore, ces jeunes hommes détenteurs d'un baccalauréat ou plus se retrouvent aujourd'hui davantage au chômage que les jeunes hommes tous diplômes confondus.

Taux de chômage des finissants universitaires : plus élevé chez les hommes

Depuis 2022, le taux de chômage des jeunes diplômés universitaires connaît non seulement une hausse importante mais il est nettement plus prononcé chez les hommes que chez les femmes. Ainsi, au cours des sept premiers mois de 2025, le taux de chômage des 22‑26 ans titulaires d’un baccalauréat ou plus était 1,7 fois plus élevé chez les hommes (11,4 %) que chez les femmes (6,6 %). En comparaison, en 2022, leurs taux de chômage étaient similaires (graphique 1).

Remettons les choses en contexte, le marché de l'emploi est actuellement défavorable aux jeunes en général. Deux forces expliquent ce repli du marché de l’emploi : d'un côté, l’économie au ralenti a refroidi les embauches, ce qui touche typiquement les jeunes. De l'autre, l'immigration temporaire a gonflé la population active. Résultat? Une concurrence accrue pour des possibilités d'emploi qui se font plus rares notamment pour les jeunes diplômés. Mais, face à cette contraction du marché, les femmes semblent mieux tirer leur épingle du jeu, captant une part importante des nouveaux postes créés.

Autre élément surprenant : le taux de chômage des jeunes hommes diplômés universitaires excède désormais celui de l'ensemble des jeunes hommes (9,9%), incluant ceux sans aucun diplôme (graphique 2). Ce phénomène n'est pas unique, puisque les diplômés se retrouvent périodiquement désavantagés sur le marché du travail. L'augmentation constante du nombre de diplômés crée des déséquilibres temporaires, particulièrement lors des ralentissements économiques.

11,4% vs 6,6%
En 2025, le taux de chômage des jeunes hommes diplômés universitaires est 1,7 fois plus élevé que celui des femmes du même profil
Graphique 1
Graphique 2

Moins de possibilités d’emploi pour les hommes

Mais, c’est surtout en examinant la situation sous l’angle de la création nette d'emplois que l’analyse révèle un phénomène particulièrement intéressant. La création d’emplois a été plus forte pour les femmes, et surtout les femmes diplômées universitaires (+80 350 emplois entre juillet 2022 et juillet 2025) que pour les hommes diplômés universitaires (+48 400 emplois durant la même période).

Qu'est-ce qui explique cette disparité ? La réponse se trouve principalement dans la composition sectorielle de l’économie québécoise. Les secteurs qui ont connu la plus forte expansion entre juillet 2022 et juillet 2025, soit la santé (+69 200 nouveaux emplois) et l'enseignement (+54 100), représentent à eux deux 44 % de la création d’emplois au cours de cette période. Sans surprise, ces deux domaines partagent une caractéristique commune : plus de 70 % de leurs effectifs sont des femmes (graphique 3).

Ces secteurs se distinguent également par leur forte proportion de diplômés universitaires : 65 % des personnes employées en éducation et 35 % des travailleurs en santé détiennent au moins un baccalauréat. À l'inverse, les secteurs majoritairement masculins (plus de 70 % d'hommes) comme la construction et le transport ont connu une croissance d'emplois plus faible et recrutent beaucoup moins de diplômés universitaires (seulement 11 % dans la construction et 20 % dans le transport).

44%
Santé + Éducation = 44% des nouveaux emplois. Des secteurs où les femmes représentent plus de 70 % de la main-d'œuvre
Graphique 3

La croissance de l’économie des soins pourrait favoriser les femmes

Cette création d’emplois plus avantageuse pour les femmes universitaires est-elle annonciatrice d’une nouvelle tendance ? Est-ce à dire que les femmes, et d’autant plus les diplômées d’études supérieures, auront de meilleures perspectives d’emplois que les hommes au cours des années à venir? Certains indicateurs le suggèrent.

D’abord, le secteur de la santé et de l’assistance sociale est celui qui compte le plus grand nombre de postes à pourvoir au Québec. Ensuite, au cours des deux prochaines décennies, la population des 70 ans et plus, grande consommatrice de soins de santé, s’accroitra de 553 000 personnes au Québec. En contrepartie, le bassin de travailleurs devrait, quant à lui, augmenter cinq fois moins rapidement, ce qui indique que les occasions d’emplois resteront nombreuses pour ceux et celles qui souhaitent faire carrière dans des secteurs liés aux soins à autrui, notamment aux aînés. Cependant, les embauches dans le secteur public demeurent largement dictées par les priorités gouvernementales. Ainsi, à court terme, l'impératif de retourner à l'équilibre budgétaire limitera la croissance des dépenses en santé à seulement 2 % pour l’année budgétaire 2026-2027, ce qui pourrait freiner significativement le rythme des recrutements.

En parallèle, d’autres indicateurs laissent croire que les perspectives d’emplois pourraient favoriser les hommes au Québec. Notamment, une demande en main-d’œuvre qui explose dans l’industrie de la construction — qui embauche majoritairement des hommes — afin de réaliser les grands projets du Québec : modernisation des infrastructures, construction de nouveaux logements et transition énergétique. Mais là encore, il s'agit dans la plupart des cas d'emplois ne requérant pas de diplôme universitaire.

Au-delà des fluctuations conjoncturelles, cette situation soulève des questions fondamentales sur la capacité de notre économie à créer des emplois à plus haute valeur ajoutée et requérant des profils plus qualifiés.

Études supérieures : un pari moins rentable pour les hommes

Il ne suffit pas de trouver un emploi, encore faut-il que ce dernier soit bien rémunéré. Or, à ce chapitre, les jeunes femmes sont encore clairement moins avantagées au Québec. Les diplômées universitaires gagnaient en moyenne 9 % de moins que leurs homologues masculins en 2024. Pis encore, cet écart se manifeste dès la sortie de l’université et s’accroît au fil du temps et ce, même lorsqu’on isole de nombreux facteurs qui contribuent aux inégalités sur le marché du travail comme le domaine d’études ou encore le fait d'avoir ou non des enfants.

Pourquoi alors les femmes s’attardent-elles davantage sur les bancs universitaires ? En partie parce que l’avantage salarial – c’est-à-dire l’écart de salaire horaire moyen entre les titulaires d’un diplôme universitaire et ceux n’ayant qu’au plus un diplôme de niveau secondaire – est significatif : il atteint 35 % chez les femmes de 22 à 26 ans, contre seulement 25 % chez les hommes du même âge (graphique 4). L’enseignement supérieur représente donc pour elles un avantage évident, alors que le calcul paraît un peu moins clair pour les jeunes hommes .

Phénomène inquiétant : au cours des dernières années, cet avantage salarial a diminué plus rapidement chez les hommes de 22-26 ans (-14 points de pourcentage entre 2017 et 2025) que chez les femmes du même groupe d’âge (-12 points de pourcentage), ce qui pourrait progressivement réduire leur motivation à poursuivre des études supérieures. La raison ? Dans un contexte de pénuries de main-d’œuvre, les employeurs ont dû consentir de meilleurs salaires pour réussir à combler des postes qui exigeaient pourtant moins de qualifications.

+35% vs. +25%
L'avantage salarial d'un diplôme universitaire est 10 points plus élevé pour les jeunes femmes que pour les jeunes hommes.
Graphique 4

Étudier à l'université: un investissement rentable à long terme

En 1990, il y avait 26 % plus d’hommes (25-54 ans) que de femmes diplômés universitaires au Québec. En 2024, cette tendance s’est inversée : les femmes affichent désormais une avance de 25 %. Bien que l’essor des femmes sur les campus représente une réussite incontestable, la stagnation masculine – qui s’observe dans de nombreux pays – inquiète.

Surtout que les plus récentes tendances convergent pour compliquer la donne : les hommes diplômés universitaires peinent davantage à trouver un emploi, et l’avantage salarial lié au diplôme s’estompe pour eux. Résultat : de moins en moins de jeunes hommes pourraient voir l’intérêt d’aller à l’université.

La décision de poursuivre ou non des études supérieures ne se limite pas à une simple question de rentabilité. Les écarts de performance entre les genres sont présents tout au long du parcours scolaire et sont déjà visibles dès la maternelle. Les garçons montrent moins d'aptitudes les prédisposant à la réussite scolaire, réussissent moins bien au primaire et sortent moins diplômés du secondaire.

Si une diversité de parcours est souhaitable au sein d’une société, le fait qu’au Québec, les hommes fréquentent nettement moins l’université lance un solide signal sur la marge de progression. Pourquoi ? Parce que le diplôme universitaire demeure une carte maîtresse : l’avantage salarial de 25 % qu’il accorde aux jeunes hommes en début de carrière (à 22-26 ans) grimpe à 62 % à la mi-carrière (45-49 ans). Autrement dit, non seulement le diplôme continue d’ouvrir des portes, surtout sur le long terme, il facilite l’avancement des carrières.

+25% vs. +62%
L'avantage salarial d'un diplôme universitaire pour les hommes est 2,5 x plus élevé la à la mi-carrière qu’en début de carrière
Télécharger