Veille de l'emploi
NOTE DE L'EMPLOI
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Salaires en hausse, revenus en baisse - Le paradoxe des ménages à faibles revenus au Québec

Note de l'emploi - novembre 2025

Rapport
5 décembre 2025

Les faibles salaires ont augmenté plus rapidement que l’inflation… jusqu’en 2025

Le salaire horaire moyen a progressé au Québec et ce même lorsque l’on prend en compte la poussée inflationniste des dernières années. Il a progressé, en termes réels, de 3,2 % depuis la fin de la pandémie en 2022 (1,1 % dans la dernière année). Mais sous cette moyenne se cachent plusieurs réalités.

Pour montrer comment cette hausse de rémunération est vécue différemment, il est important de comparer l'évolution des bas et des hauts salaires ajustés pour l’inflation. On y remarque que ce sont les 20 % des salaires les plus faibles qui ont augmenté le plus rapidement depuis 2022, alors que les 20 % des plus hauts salaires montrent des progrès plus modérés (graphique 1). Toutefois, la tendance s'est carrément inversée pour les travailleurs à bas salaire récemment : leur salaire réel a diminué de 0,6 % depuis leur sommet en juin.

Ce renversement de tendance vient d’une part du fait que l'entièreté des emplois créés cette année l'ont été dans des secteurs bien rémunérés comme celui de la finance, des assurances et des services immobiliers et de location. Aussi, les travailleurs moins bien payés ne profitent plus de la compétition que se sont faite les entreprises pour les attirer avec des salaires plus intéressants au sortir de la pandémie. Il y a un moment déjà que la demande pour les jeunes travailleurs et les travailleurs moins scolarisés a été comblée, ou s’est volatilisée en raison de conditions économiques défavorables. Enfin, contrairement à 2023 et 2024, où les hausses du salaire minimum avaient nettement dépassé l’inflation, celle de 2025 est similaire à la croissance des prix.

Graphique 1

La hausse des salaires n’a pas amélioré la situation financière des plus démunis

Ce constat détonne avec les préoccupations récentes concernant le revenu disponible des ménages, notamment chez les moins nantis. En effet, malgré la hausse de leurs salaires horaires, le revenu disponible total des ménages ajusté pour l'inflation montre une tendance préoccupante : celui des 20% les plus pauvres diminue depuis 2022, tandis que celui des 20 % les plus aisés progresse fortement (graphique 2). Comment expliquer le fait que les salaires horaires et les revenus disponibles évoluent en sens inverse pour les moins nantis? Pour le comprendre, il faut d’abord savoir que le revenu disponible correspond ici aux revenus de travail et de placement, auxquels s’ajoutent les transferts gouvernementaux et dont sont soustraits les impôts, les cotisations sociales et les intérêts payés sur les cartes de crédit et les prêts.

Quelques pistes d’explication :

  • Le ralentissement économique a forcé des employeurs de secteurs moins bien rémunérés comme le commerce de gros et de détail à réduire les quarts de travail, annulant l'effet de la hausse du salaire horaire sur le revenu de travail de certains ménages plus pauvres. Les 20 % des travailleurs qui ont les salaires les plus faibles ont ainsi vu leurs heures travaillées diminuer depuis 2022 tandis que la baisse est plus récente pour les autres Québécois (graphique 3).

  • Les transferts gouvernementaux aux ménages ont reculé au moins jusqu’en 2023 avec le retrait des aides relatives à la pandémie, alors que pour la majorité des ménages les plus pauvres, les transferts du gouvernement constituent la principale source de revenus.

  • Les hausses successives et rapides des taux d’intérêt en 2022 et 2023 ont augmenté les dépenses de frais d’intérêt pour les ménages les moins nantis qui y consacrent une part plus importante de leur revenu réduisant d’autant leur revenu disponible.

  • Les ménages qui appartiennent aux 20 % des revenus disponibles les plus bas n’ont pu profiter autant que les ménages les mieux nantis de revenus de placement importants dans les dernières années.

Graphique 2
Graphique 3

Les chiffres en bref

Vigueur du marché du travail

  • Taux de chômage : 5,1 % (5,3 % le mois dernier, 5,9 % il y a un an)

  • Chômeurs : -9 300 ce mois-ci (-39 600 en un an)

  • Emplois total : -1 900 ce mois-ci (+41 800 en un an)

  • Emplois privé : -13 400 ce mois-ci (-1 400 en un an)

  • Population active : -11 200 ce mois-ci (+2 200 en un an)

Qualité des emplois

  • Emplois bien rémunérés : +14 000 ce mois-ci (+65 000 en un an)

  • Emplois à temps plein : -37 600 ce mois-ci (-45 000 en un an)

  • Temps partiel involontaire : 47 200 (+14 100 en un an)

  • Salaires (variation annuelle) : +4,7 % (+4,3 % le mois dernier)

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