Une grille d’analyse pour identifier les industries stratégiques : le cas de l’aérospatiale

Pendant des décennies, les politiques économiques des gouvernements ont été conçues en fonction de la création d’emploi et de la réduction du taux de chômage. Mais cet enjeu ne peut plus être un objectif ou une mesure de succès parce que nous sommes en présence d’un changement de paradigme où, en raison de facteurs démographiques, le Québec et le Canada connaissent une réduction naturelle de leur taux de chômage et sont confrontés à des pénuries de main-d’oeuvre qui compromettent la croissance économique. Ce thème a été abordé de nombreuses fois par l’Institut du Québec (IDQ).

(Cliquer ici pour télécharger l’étude sur les industries stratégiques)

(Cliquer ici pour télécharger l’étude sur les politiques publiques de soutien au secteur aérospatial)

Les gouvernements doivent donc définir de nouveaux objectifs et de nouveaux critères de réussite économique pour s’affranchir de ce dogme de la création d’emplois. Pour combler ce vide, et pour introduire plus de rationalité dans les décisions politiques, cette étude vise à identifier d’autres objectifs de politiques économiques pour guider les décideurs dans leurs stratégies et dans leurs choix.

Cette étude propose la création de richesse et l’élévation du niveau de vie comme objectif de politique économique, un enjeu qui fait l’objet d’un consensus large au Québec. Elle identifie ensuite les principaux déterminants de la création de richesse. Cela permet de définir des critères que l’on peut appliquer pour déterminer dans quelle mesure des entreprises ou des industries y contribuent. Cette approche fournit ainsi un outil analytique général pour identifier les secteurs créateurs de richesse qui, à ce titre, peuvent être qualifiés de stratégiques et qui méritent d’être privilégiés dans les choix des décideurs.

Cet exercice a mené à déterminer treize critères. Les trois premiers sont de nature générale et constituent des conditions nécessaires, mais non suffisantes : la taille de l’industrie, son potentiel de développement et sa résilience. Sept critères portent sur la contribution spécifique à la création de richesses : les exportations, l’innovation, l’investissement, la productivité, la qualité de la main-d’oeuvre, l’éducation et les effets structurants. Enfin, trois critères plus contextuels portent sur des conditions à respecter dans les choix de politique publique : l’aide de l’État, l’inclusion et la durabilité.

Cette approche, qui se veut générale et universelle, est appliquée de façon détaillée dans un premier temps à l’industrie aérospatiale, une industrie majeure au Québec. Si, a priori, le poids de cette industrie fait en sorte qu’on reconnaîtrait spontanément son caractère stratégique, l’analyse permettra d’identifier avec plus de précision les facteurs qui la rendent stratégique et qui sont souvent ignorés et mal compris dans le débat public.

Ce n’est pas à cause de ses emplois que l’industrie aérospatiale est stratégique, mais plutôt grâce à ses investissements majeurs en R-D et son degré d’innovation, qui la placent, et de loin, au premier rang des industries, tant au Canada au Québec. Ensuite pour sa contribution au commerce extérieur : l’aérospatiale est la principale industrie exportatrice, avec 14,8 % de toutes les exportations du Québec, plus du double de la deuxième industrie exportatrice, de surcroît dans un domaine à haute valeur ajoutée plutôt que dans celui des ressources naturelles. Parmi les autres facteurs stratégiques figure le caractère très diversifié de cette industrie, présente dans pratiquement tous les segments – avions, pièces, moteurs, hélicoptères, matériaux, satellites, systèmes électroniques – ainsi que les effets structurants des activités de sièges sociaux, de ses investissements et de sa capacité d’attirer des investissements étrangers grâce à son savoir-faire et sa main-d’oeuvre spécialisée. Ce sont tous ces facteurs qui font que la région montréalaise est le troisième pôle aérospatial au monde, après Seattle et Toulouse.

Tous ces éléments en font une industrie unique au Canada et au Québec, qui non seulement peut être définie comme stratégique, mais doit être considérée comme un champion national, parce que son succès est un ingrédient essentiel du développement présent et futur de l’économie québécoise et canadienne, comme toute industrie désignée comme stratégique.

L’étude se penche ensuite, quoique de façon moins détaillée, sur le cas d’une autre grande industrie, soit celle de l’aluminium, pour valider l’approche et pour s’assurer du fait qu’elle s’adapte à divers contextes. Elle montre que le secteur de l’aluminium primaire et la filière de l’aluminium répondent à la plupart des critères qui permettent de définir une industrie comme étant stratégique, notamment pour les exportations, l’investissement, l’innovation, le niveau de productivité et le développement régional. L’approche, parce qu’elle ne repose pas sur la création d’emplois, permet également d’aborder de façon différente la question des tarifs d’électricité préférentiels et de montrer en quoi ils constituent un choix judicieux.

Les constats sur la contribution de l’industrie aérospatiale et son caractère stratégique montrent pourquoi celle-ci doit être encouragée et soutenue. Une deuxième étude, complémentaire à celle-ci, approfondira cette question, analysera les politiques actuelles de soutien et tiendra compte du contexte international pour identifier les politiques de soutien susceptibles d’être raisonnables, acceptables et efficaces.

1 réflexion sur “Une grille d’analyse pour identifier les industries stratégiques : le cas de l’aérospatiale”

  1. Pour l’aéro vous sous estimez l’impact de la recherche scientifique et collaborative et l’impact des universités et centres de recherche mixte (industrie-gouvernements); voyez les modèles implantés en France, en Angleterre, aux États Unis et en Allemagne. Le ZAL à Hambourg, l’IRT Saint Exupéry à Toulouse, le AMRC à Sheffield et les campus « techno militaire » aux États-Unis sont des exemples d’investissement concertés, ou la science, l’industrie et le talent sont en synergie.
    Ici le CRIAQ a été précurseur; il y a maintenant plus de 18 ans, les universités et l’industrie se sont mis ensemble pour mettre en commun leurs actifs et leur énergie. Cela a donné la C Series et plus que cela, une manne de talents qui a été l’atout principal de l’attraction d’investissements étrangers.
    Mais aujourd’hui on oublie l’effet de la concertation et, vous le soulignez, par les crédits d’impôts ou prêts directs, les entreprises veulent gérer individuellement l’aide du gouvernement au détriment d’une stratégie structurée et bien enracinée sur un territoire. Le Québec est en voie de perdre ses acquis…..mais il n’est pas trop tard.
    Donnez-moi vos coordonnés courriel et je vais vous faire parvenir des documents détaillés sur ce que devrait être la suite du CRIAQ et du CARIC au Québec, ou jadis se faisait plus de 75% de la recherche en aéro.

    Camille Gagnon

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *